Alain Hanel est un photographe accompli, un artiste de l’image au parcours atypique. Il a répondu à nos questions et nous raconte ici son parcours très complet de photographe (armé d’un Nikon D3) spécialisé dans l’art du spectacle et de la danse.
Alain Hanel, photographe de spectacle, je suis né en mars 1949 à Rabat au Maroc. Mon père était militaire de carrière, et ma mère gérait vaille que vaille sa familles très nombreuses.
A 13 ans, un train poussif nous a conduit d’un paradis marocain, à un enfer algérien. Des études hachées par une guerre civile et un exode m’ont déposé sur un sol inconnu : la France.
J’avais laissé mon savoir au porte manteau du désastre, et à seize ans, il fallut vite oublier les bancs du collège pour entrer de plein pieds dans la réalité : Le travail.
Après une multitude d’essais peu concluants dans toutes les branches possibles et imaginables, j’ai franchi un jour par hasard le seuil du studio d’un photographe de publicité, on ne disait pas : pub.
C’est à partir de ce jour, que ma vie a commencé.
Je n’avais jamais eu de ressenti pour la photographie, et c’est par nécessité que j’ai rejoint ce qui allait devenir aujourd’hui mon métier. Je ne suis pas resté longtemps assistant photographe, mais j’y ai rencontré beaucoup de professionnels qui m’ont appris à voir : Hervé Nabon pour la photographie de beauté et les natures mortes, Jean-Jacques Bugat pour la photographie de mode. Et beaucoup d’autres qui marquèrent ces années « Blow Up ».
Après quelques années, j’ai jugé que la photographie était un bel univers, mais que c’était l’image fixe ou animé qui m’intéressait et tout ce qui se passait dans un cadre, qui ne serait pas forcément celui d’un appareil photographique. J’ai alors commencé mon périple dans l’image par la mise en page, l’illustration, le dessin animé, la télévision, la maquette volume, le cinéma et la radio car le son, c’est aussi une image…
J’ai fait de la direction artistique en agence, puis, avec un ami nous avons créé un studio graphique pour l’industrie du disque (le premier en France), mes pochettes de 45 T et de 33 T ont très vite fleuri dans les bacs des disquaires. Je me suis intéressé aussi à la télévision et une rencontre avec Jacques Martin m’a faite aimer son petit rapporteur dans son décor à la maison de la radio. Remo Forlani m’a fait partager son cinéma et sa radio et Simon Waintrob m’a ouvert les grandes portes du Show Bizz des années 1980, façon Guy Lux, Mike Brant, Claude François et d’autres, bien d’autres.
Bien après, quand ont sonné mes cinquante ans, un neveu m’a offert un appareil photographique étrange : un numérique, un Fuji MX600 qui paradait avec ses 1.500.000 pixels. C’est avec cette machine que je vais me remettre à la photographie dans un studio sublime et avec une lumière extraordinaire : celle de la Côte d’Azur.
La F1 à Monaco et le Carnaval de Nice seront mes deux premiers sujets, le rideau de mon appareil photographique se lèvera sur le spectacle un peu plus tard.
- Ton portrait chinois en 1 à 3 photos ?

Le chat : il faut être malin et silencieux, savoir ronronner devant ses progrès et réussites, mais griffer de temps en temps.

L’appareil Photographique : sans lui point d’image, mais un appareil de qualité pour des résultats de qualité.

La scène vide : c’est dans cet espace que nait le rêve et la poésie, c’est mon lieu de capture d’images, c’est un peu le point d’eau où j’attends mes fauves.
- Quel est le fil rouge de tes travaux photographiques ?
La photographie de spectacle est une discipline complexe et difficile. Elle demande un regard particulièrement aguerri pour ce genre d’images et une aptitude à anticiper les actions se déroulant sur scène. Dans le spectacle, il ne faut pas que la bonne photographie soit celle d’après le déclic. Il faut avoir un œil fixé en permanence sur le viseur et un doigt qui répond au millième de seconde au cerveau qui lui, gère la commande suprême : le déclencheur.
Evitez de regarder le résultat sur votre écran, c’est toujours à ce moment que la bonne image vous file entre les doigts. Quand j’ai débuté, je me plaisais à défendre mes images floues de danse en expliquant, que le mouvement ne pouvait s’expliquer sur mes clichés que par ces tourbillons de couleurs où les membres des danseurs avaient disparus, pour laisser la place à des formes et des couleurs étirées.
Aujourd’hui, après une multitude d’essais, je sais que le mouvement c’est la photographie la plus nette possible qui même figée, bouge, la magie est là.
Je maltraite mon boitier Nikon D3, jusqu’à l’extrême, grâce à sa technologie et à l’excellence de ses résultats, il répond toujours à mes sollicitations les plus poussées, ainsi que mon optique. Le choix du matériel pour la photographie de spectacle est primordial, il faut savoir investir dans du très bon et du très solide. Votre boitier va déclencher des milliers de fois et les moteurs de votre téléobjectif vont être à la peine eux aussi.
Il faut donc investir dans du très bon matériel, il représente la qualité de vos résultats. Il faut aussi être humble avec les gens de spectacle, c’est vous qui avez besoin d’eux et pas le contraire…
Enfin, dans tous les cas, il faut savoir respecter ceux qui ont payé leur place et respecter aussi ceux qui donnent le meilleur d’eux-mêmes sur la scène. Les déclenchements intempestifs sont à proscrire. Il faut savoir utiliser les montées musicales ou vocales pour déclencher. Evitez de prendre des photographies pendant les silences ou les moments d’intenses émotions.
En tant que professionnels, nous avons des privilèges, comme celui de pouvoir faire nos photographies sans public, mais pour cela il faut montrer patte blanche et nous sommes très peu à pouvoir y accéder. Il m’arrive encore de devoir faire des photographies en public, je refuse presque tout le temps, par respect et par peur de gêner un public toujours passionné.
- Comment es-tu venu à te spécialiser dans la photographie de ballet ?
Le hasard d’une rencontre, mais je crois que dans une vie il n’y a pas de hasard, tout ce qui doit se faire se fait, avec des portes qui s’ouvrent les unes après les autres.
Pour la danse, c’est dans une brasserie en face de l’Opéra de Nice, au cours d’une discussion avec Jean-Michel Bouvron qui en est le maître de ballet. Il m’a demandé si je voulais faire des photographies de ses danseuses et danseurs, j’ai accepté et après avoir vu mes résultats, il m’a conseillé de continuer. Aujourd’hui, je crois que l’on a le regard pour la danse ou que l’on ne l’a pas.
Les grandes compagnies ont découvert mes travaux photographiques et elles ont commencé à m’ouvrir leur porte. Je collabore depuis plusieurs années avec Enguérand CDDS, qui est en France la plus ancienne agence gérant la photographie de spectacle et de scène, celle-ci existe depuis 1930 et être son correspondant pour le Sud-est de la France est un grand honneur pour moi. J’alimente le patrimoine photographique et culturel de notre pays et j’en suis fier.
- Pour toi qu’est-ce qu’une belle image
Une belle image c’est une grande claque quand on la découvre et ensuite des caresses pendant toute sa vie.
- Y a t-il un shooting photo qui t’as particulièrement marqué ?
Celui qui se fera la prochaine fois, chaque prise de vues est un moment exceptionnel.
Notre mission de photographe de spectacle est lourde et délicate, car l’on doit finaliser les concepts de l’auteur, du metteur en scène, du décorateur, du costumier, de l’éclairagiste, des artistes et des techniciens de plateau. Quand les images « fonctionnent » et que le miracle se produit cela devient une prise de vues marquante et importante.
- Quelle est la réalisation dont tu es le plus fier ?
Je n’ai que de beaux enfants comme tous les pères de famille nombreuse.
- Avec quoi tu shoots ?
Je suis Nikon depuis 1967 et je n’ai pas changé : d’abord argentique avec les premiers « F » et ensuite numérique avec le D1 et D1X une remarquable machine. En 2008, Nikon-France m’a invité à faire le Pro-Tour, j’y ai découvert le D3 et je ne m’en lasse pas.
Pour moi il a toutes les qualités : robustesse, ergonomie, et une facilité extraordinaire à s’adapter aux basses lumières. Trois ans après et quelques révisions en plus, j’utilise le même boitier et croyez-moi, il souffre et il souffrira encore.
L’optique que j’utilise est un Nikon Zoom-Nikkor Téléobjectif zoom – 70 mm – 200 mm – F/2.8.
Et surtout pas de pied !
- La photo qui t’inspire le plus ?
Les peintures Hollandaises et Françaises des 17è et 18è siècle et les peintres « pompiers » du 19è siècle.
- Des projets à venir ?
Sans projet, je ne vivrai pas.
Mon éditeur Art Côte d’Azur, vient de mettre en vente un calendrier pour 2012 : Alain Hanel fait son cirque !.
L’association « IMADANSE » s’est créée autour de mes photographies de ballets, elle est animée par Aurore Enfant avec beaucoup de cœur. Elle a mis à la disposition des amateurs : des cartes postales, des posters et des calendriers.
Côté expositions en grands formats (12m2 au minimum par photographie), deux projets sont actuellement à l’étude : le premier pour le Théâtre National de Nice qui présenterait une vingtaine de photographies de portraits d’acteurs sur l’esplanade face au théâtre.
Le second est lié à un genre de photographies que le public ne connait pas ou très peu : ma passion pour les loups, il consistera en une vingtaine de photographies routières de 4m x 3m sur le parcours qui mène de Saint-Martin Vésubie commune de montagne au Parc Alpha, très beau parc de loups européens. Ces portraits ou scènes animalière sont le résultat de plusieurs prises de vues pendant les saisons d’été et d’hiver ces deux dernières années. Si ces deux expositions se réalisent, ce sera pour les mois de mars 2012 pour le théâtre et mai 2012 pour les loups.
Pour les prises de vues, laissons passer les fêtes, ensuite les ballets, l’opéra, et le théâtre m’occuperont jusqu’au mois de mai, plus tard, l’été et ses festivals viendront nourrir mon quotidien. Cette année je veux faire une place importante au Hiphop, discipline difficile et très intéressante. Les photographies réalisées, entreront dans la perspective d’une exposition l’année prochaine vers Marseille. C’est un grand spécialiste et danseur qui m’accompagnera dans mon viseur : Cédric Carbonaro.
Voilà, mon année 2012 est déjà bien remplie, et je sais que des milliers d’images m’attendent pour en offrir quelques dizaines au regards de ceux qui aiment mon travail, et ça, c’est incomparable.
Remerciements : Ballets de Monte-Carlo, Béjart Ballet Lausanne et Alonzo King Lines Ballet.
Si vous voulez des renseignements sur la vente de ses photographies : aurore@imadanse.fr et vous pourrez aussi retrouver Alain Hanel sur sa page Facebook


















