Un écran orientable aurait rendu la prise de vue plus confortable. Le 10 mm permet d’être au cœur de l’action, de par sa compacité et la faible distance minimale de mise au point. Nikon1V1-1Nikkor10mm f/2,8 – 1/200s – f/2,8 – 100 Iso
À l’abordage!
Rallier Assouan par la route ou par les airs? Inimaginable. Rimbaud ou encore Flaubert le font comprendre mieux que quiconque. Remonter le Nil en bateau n’a pas de prix. Surtout quand il s’agit d’une telle embarcation, sortie d’un roman du XIXe siècle. Amarré au port de Louxor, le Vivant Denon, peint en blanc et bleu sur trente mètres de long, brille de mille feux. Le pont supérieur est un véritable havre de paix, avec ses dokka en bois où l’on n’aspire qu’à s’allonger et prendre un peu de répit, à l’ombre du large tends en coton blanc. Le temps s’arrête. On en profite pour faire le point sur la production et approfondir les menus du V1, ce que nous n’avons pas eu le temps de faire depuis notre départ. C’est avec une petite appréhension que nous copions les fichiers sur l’ordinateur. Doté d’un capteur Cmos de 10 Mpxl, le V1 laisse augurer de bons résultats en hautes sensibilités. Mais la taille du capteur CX restreint la marge de manœuvre en matière de recadrage. Pour plus de sécurité, nous enregistrons en Raw + Jpeg, sur une carte SD de 16 Go. Ce qui permet de faire 636 vues. Largement suffisant pour une journée de prise de vue. Les Raw du V1 ne sont pas encore reconnus par les principaux logiciels du marché (Lightroom, Camera Raw, Aperture…) lors de notre reportage. Il faut donc s’appuyer sur View NX2, livré avec le V1, pour développer les fichiers bruts. Les Jpeg livrent quelques enseignements intéressants. Nous n’avons jusque-là pas employé de hautes sensibilités, le V1 étant réglé en mode Iso Auto A400.
Nos premières impressions se confirment à l’écran : l’appareil gère très bien l’exposition. La mesure matricielle est à la parade avec le D-Lighting.
En voyant l’équipage s’affairer aux quatre coins du bateau, on se lance dans la réalisation d’un petit clip. Didier accepte d’endosser le rôle principal. Le scénario est simple : filmer une discussion entre notre hôte et le raïs, pour décider de la manœuvre à engager. Dans la foulée, le capitaine de la dahabeyah livrera ses instructions aux moussaillons. Les séquences seront tournées à main levée. Depuis la sortie de cabine jusqu’à l’arrivée sur le pont supérieur, il faut penser au moindre détail. Didier saisit un livre de la main gauche, marche jusqu’à la porte, qu’il ouvre et referme de la main droite. Fin du premier plan. On se place maintenant à l’extérieur, face à cette même porte, avec une vue sur le pont supérieur où il doit monter. « Top ! ». Notre guide/ égyptologue/acteur reproduit les mêmes gestes à l’identique, alors qu’il est cette fois filmé à contre-champ, pour assurer le raccord lors du franchissement de la porte, avant de grimper l’escalier qui mène au pont supérieur, où se trouve le raïs.
Nous filmons en mode Sélecteur auto : l’appareil gère les paramètres d’exposition et la mise au point. En Full HD, à 1080p et 30 im/s. La grille d’aide à la composition est activée, sur le LCD et dans le viseur. On opte pour le 10-30 mm sur le boîtier principal. Le second est équipé du 30-110 mm, pour faire des plans de coupe, que l’on intercalera au montage pour donner du rythme. La stabilisation est activée dans les menus, ces deux zooms étant estampillés VR. On confie la prise de son au micro stéréo interne. «Raïs, momken efta el chira lazem nam al Faouza bellil !».
Dans son arabe approximatif, mais plein d’entrain, Didier fait comprendre qu’il faut arriver à Faouza avant la nuit. « Mahmoud ! Hassan ! » Le raïs donne les ordres aux jeunes matelots en branle-bas de combat. Il garde un œil sur tout. La moindre responsabilité lui incombe. Et ce, malgré un handicap passager qui le contraint à utiliser une canne pour marcher. Impeccable dans son ample galabeya bleue clair, il donne de la voix, sans hurler, en tapant dans les mains. L’équipage obéit sans rechigner.
La dahabeya a fière allure en remontant le Nil vers Assouan. La présence d’un sujet au premier plan rend la composition plus dynamique. Nikon1V1-1Nikkor10mm f/2,8 – 1/200s – f/9 – 100 Iso
La mise au point automatique fonctionne bien pendant le tournage, quand la scène est suffisamment claire et contrastée. Ce qui permet d’être mobile, sans toutefois perdre la netteté, d’autant que l’on bénéficie d’une profondeur de champ plus importante qu’avec un capteur APS-C ou 24 x 36. Lorsque l’on zoome, la mise au point s’effectue de manière progressive. Les deux bagues de zoom offrent une course réduite d’une focale à l’autre, ce qui permet d’être précis. En plein soleil, la possibilité de filmer à travers le viseur se justifie, le LCD étant moins visible dans ces conditions. Le fait que l’écran arrière ne soit pas orientable rend les plans en contre-plongée plus difficiles à mettre en œuvre. Il faut cadrer au jugé. Lors du visionnage, on note que le moteur de la mise au point et de la stabilisation sont inaudibles. Mais la moindre rafale de vent rappelle qu’un micro externe muni d’une bonnette demeure indispensable en extérieur. Le V1 dispose d’une prise Jack, pouvant accueillir le microphone ME-1.
Pour finir, on réalise plusieurs plans fixes sur Youssef, en train de nouer les cordes avec une grande dextérité à l’arrière du bateau: une vue serrée sur son visage, une autre sur ses mains, et un plan plus large sur l’ensemble, le tout avec le 30-110 mm. C’est dans la boîte. Pour finir, on monte sur le remorqueur pour effectuer un plan large du bateau. Et on peut même se permettre de prendre jusqu’à vingt photos sans interrompre le tournage. Elles sont cependant enregistrées en 16/9, avec une définition inférieure (8,3 Mpxl). Et la dahabeyah glisse sur le Nil, toutes voiles dehors. Majestueuse.
Remonter le Nil à bord d’une telle embarcation est un luxe dont on mesure l’ampleur à la vue des énormes bateaux, que l’on croise de temps en temps. Didier souligne cependant qu’il y a nettement moins de « fers à repasser » que les années précédentes, à la même période. L’activité touristique tarde à redémarrer, à cause de la situation politique, toujours instable. On voit tout de même quelques groupes au pied des temples qui jalonnent le parcours. Didier sait exactement à quel moment il faut se rendre sur tel ou tel site pour éviter la foule. Après une nuit agitée dans le port d’Esna, durant laquelle ni les aboiements de chiens errants, ni le chant du Muezzin – aux environs de 4h30! – ne nous ont été épargnés, nous pénétrons dans la ville aux premières lueurs du jour. Une superbe lumière orangée inonde progressivement les façades des maisons, ornées de motifs colorés. La plupart retraçant les grandes étapes du pèlerinage à la Mecque, comme le veut la tradition. Avec une telle lumière, le moindre motif mérite d’être photographié. La grille (activer la fonction Affichage du quadrillage) permet de composer ses clichés avec précision. Elle apparaît aussi bien sur l’écran LCD que dans le viseur, comme en vidéo. « Singer ! Cotton number one !».
Une scène typique, comme on en voit dans tous les villages qui bordent le Nil. Le téléobjectif permet de cadrer au loin, sans attirer l’attention du sujet, qui garde ici une attitude naturelle. Nikon 1 V1 – 1 Nikkor 30-110 mm f/3,8-5,6 VR – 86,5 mm – 1/250s – f/5,6 – 160 Iso
Un vieil homme nous vante les performances de sa machine à coudre, qu’il fait frénétiquement tourner, pieds nus, dans une minuscule pièce vétuste. Il pointe du doigt la maison située en face, dont l’inclinaison rappelle une célèbre tour en Italie. C’est la sienne. Elle risque de s’écrouler. Il ne peut plus l’habiter. Du fond de la pièce, en regardant en dehors, on voit bien la construction en arrière-plan, baignant dans une superbe lumière, tandis qu’on devine seulement la silhouette de notre sujet et de sa Singer, plongés dans l’obscurité. Le V1 est dénué de flash intégré. Il faut ôter le petit cache sur le dessus du boîtier, le mettre en sécurité dans son sac, puis greffer le flash optionnel SB-5N. Sa taille modeste permet de l’avoir en permanence avec soi dans une poche de chemise ou de pantalon. Léger, il est alimenté par le boîtier. Sa puissance est modeste, mais suffisante pour couvrir de courtes distances, avec un nombre-guide de 8,5 pour 100 Iso. Le fait de pouvoir orienter la tête est appréciable pour produire un éclairage indirect. Dans les menus, nous avons sélectionné le mode Dosage flash lumière ambiante. Le SB-5N fonctionne en TTL. Au dos, il ne propose que le levier On/Off. On le pilote entièrement depuis les menus du V1. La lumière est mesurée en arrière-plan, puis on mémorise les données via la touche AE-L sur le pad. Avec une ouverture à f/4,5, au grand-angle, en étant près du sujet, l’éclair débouche bien l’avant-plan. En augmentant la correction d’exposition au flash à + 1/3, on obtient un résultat convenable.
La mesure matricielle à l’œuvre: efficace, comme sur les reflex de la marque. Nikon1V1-1Nikkor10mm f/2,8 – 1/200s – f/4 – 100 Iso
D’un pas alerte, Didier nous conduit chez l’une de ses vieilles connaissances. Mohammed Nasser, 71 ans, est déjà en plein travail. Dans l’encadrement d’une immense porte en bois qui donne sur la rue, on distingue une imposante structure en bois : un pressoir, que l’on active en poussant horizontalement une épaisse poutre, sur 360°. Une faible quantité de lumière pénètre à travers l’entrée. La rusticité des lieux, avec le sol en terre et des outils probablement aussi âgés que le vieil homme, coupe toute envie de solliciter le flash, que nous avons pourtant laissé à demeure sur le boîtier. Dénué de stabilisation, le pancake 10 mm permet de travailler en basse lumière, avec son ouverture à f/2,8. Le châssis tient bien en main, malgré la transpiration, ce qui permet de le maintenir fermement, en bloquant sa respiration, pour éviter tout flou de bougé. La mesure spot s’impose dans ces conditions. On ne peut y accéder sans passer par les menus. Mais par sa pertinence, la mesure matricielle couvre 90 % des situations. Pour un peu plus de dynamisme, on aurait aimé disposer d’une focale plus grand-angulaire. On est obligé de se tenir un peu plus loin avec un 27 mm (en éq. 24 x 36) pour intégrer un maximum d’éléments dans le cadre, tandis qu’un 14 ou un 16 mm, par exemple, permettent de coller le sujet, tout en voyant large.
Mohammed propose des flacons d’huile de sésame à la vente. Son regard digne trahit une certaine lassitude. Sa tenue blanche criblée de taches en dit long sur le rythme harassant auquel il s’astreint. Esna s’éveille petit à petit. Les échoppes s’ouvrent les unes après les autres dans les ruelles adjacentes au temple de Khnoum, qui trône au milieu de la cité. Dans quelques heures, il sera littéralement assailli de visiteurs, venus admirer en un éclair les vestiges de la salle hypostyle, protégée de grillages pour barrer la route aux pigeons, avant de poursuivre leur croisière de plus belle. Le principal charme d’Esna réside pourtant ailleurs.




