Nous avons testé le dernier reflex de Canon dans les rues animées de Katmandou et sur les sentiers escarpés des Annapurnas.
Evrest, Himalaya, Yeti, Katmandou… Ces mots sonnent comme une formule magique. Tous évoquent le Népal, modeste bout de terre coincé entre deux géants. Une destination mythique pour les alpinistes, qui rêvent de se hisser sur le toit du monde. Pour jauger les aptitudes du Canon EOS 600D sur le terrain, nous empruntons un parcours moins escarpé. Cap sur Poon Hill, situé à 3200 m d’altitude, au pied de l’imposante chaîne des Annapurnas. Un périple de six jours. Une bonne initiation au « trek » dans sa version népalaise. Sans négliger une courte, mais savoureuse halte dans l’ambiance délirante de Katmandou. Partir en trek avec un reflex : une hérésie ? On pourrait le penser, à l’heure où les solutions d’équipement léger et de qualité n’ont jamais été aussi nombreuses. Compacts hybrides, superzooms, étanches, bridges, tous ces boîtiers s’avèrent susceptibles d’accompagner le photographe dans une telle aventure. Pourtant, aucun n’égale le système reflex en termes de performances. Notre choix se porte sur le dernier-né de la gamme EOS de Canon. Sorti au premier trimestre 2011, le 600D combine de nombreux atouts. À commencer par son capteur Cmos de 18 Mpxl, qui a fait brillamment ses preuves sur le modèle précédent. Pour cette mise à jour de la fameuse gamme à trois chiffres, la marque propose deux nouveautés qui tranchent avec les précédents opus : la possibilité de piloter des flashs externes à distance, sans fil, ainsi qu’un écran LCD orientable, comme sur l’EOS 60D et le G12. Ces ajouts enrichissent une recette déjà éprouvée. Ils constituent un plus sur le plan créatif. Aussi bien en photo qu’en vidéo. Avec un capteur aussi exigeant, nous ne lésinons pas sur le choix des optiques. Priorité aux modèles EF et EF-S, moins encombrants que les optiques de la série L. Bien que ces dernières expriment tout leur potentiel sur le capteur haute définition du 600D (lire pages 38 et 39). Au menu, figurent les 10-22 mm F3,5-4,5 USM, 17-55 mm F2,8 IS USM, 18-135 mm F3,5- 5,6 IS, 50 mm F1,8 II, 85 mm F1,8 USM, 100 mm Macro F2,8L IS USM, 70-200 mm F4L IS USM et 70-300 mm F4-5,6 IS USM. De quoi couvrir la majorité des situations, des rues étroites de Katmandou aux majestueux paysages montagneux dans de la région des Annapurnas.
Trouver ses marques
Avant d’arpenter les rues grouillantes appareil en main, un petit tour du boîtier s’impose. Histoire de ne pas tergiverser au moment de composer son image. La prise en main inspire confiance. Les cinq doigts parviennent à épouser la paroi du 600D. Ce n’était pas le cas sur les précédents modèles. Le petit doigt avait tendance à décrocher. Le châssis a gagné quelques millimètres en hauteur et sa forme arrondie rappelle celui des EOS 7D et 60D. Pas de surprise au niveau de la visée. Correcte, elle couvre 95 % du champ. L’ergonomie est inspirée de celle du 550D. On retrouve notamment le bouton dédié à l’enregistrement vidéo. Une touche Disp. a pris place sur le dessus, aux côtés de celle dédiée aux Iso. L’absence de LCD de contrôle et d’une roue codeuse confirme que l’on se situe dans la gamme amateur. Le choix des collimateurs autofocus s’effectue à partir du pavé, après une pression sur la touche dédiée, au dos, en haut à droite du boîtier. Les menus reposent sur les onglets colorés, apparus sur les EOS 50D et 5D Mark II. Une architecture claire, qui a le mérite d’afficher l’ensemble des fonctions à l’écran sur chaque volet. Principales nouveautés par rapport au 550D : la possibilité de piloter un fl ash à distance sans fi l depuis le fl ash intégré et l’apparition d’un bel écran LCD de 1,44 Mpts, articulé sur une rotule. Intéressant en photo. Indispensable en vidéo.
Lever animé
5h30 du matin, les rues sont désertes. Elles ne le restent pas longtemps. Katmandou s’éveille d’un coup, aux premières lueurs du jour. Un groupe d’enfants en kimono blanc répète bruyamment des katas dans une cour ombragée. De fines silhouettes recroquevillées dans les rickshaws retrouvent lentement une forme humaine, motivées par l’odeur de beignets frits qui envahit les ruelles. Les quotidiens locaux sont étalés sur les pavés, au milieu d’un bataillon de légumes, où les verts emportent la majorité. La possibilité d’effectuer des séquences animées sur les reflex est une aubaine. Sur le 600D, il faut tourner la molette principale sur l’icône dédiée à cet effet. On peut ainsi accéder au menu vidéo. Que d’évolution par rapport au 5D Mark II lancé en 2008, emblématique de l’arrivée de la Full HD sur les reflex ! Les onglets sont nombreux. Pour cette première tentative, l’exposition vidéo est réglée en mode automatique. Idem pour l’enregistrement du son. Ainsi, les différents modes d’exposition (sensibilité, ouverture, vitesse) sont gérés en interne. Seule la correction d’exposition est disponible en sollicitant la touche AV avec la molette à l’avant. À l’aube, les conditions de luminosité sont difficiles. Le 600D, en mode automatique, monte en sensibilité. Sans tenir compte de la fonction Sensibilité Auto, accessible dans le menu prise de vue, qui permet d’assigner une valeur maximale. L’utilisation d’une focale grand-angle permet de capter plus de lumière, d’optimiser la profondeur de champ et facilite le tournage à main levée. L’apport de l’écran orientable s’avère précieux. On peut envisager toutes sortes de cadrages audacieux, comme avec un caméscope. Porter le boîtier au niveau de la taille et avancer au milieu d’une foule. Le maintenir à bout de bras au-dessus pour effectuer un plan d’ensemble. Filmer au ras du sol. Cas pratique avec un vendeur de journaux : la séquence est découpée en trois plans fixes. Pour éviter les tremblements, un trépied compact comme le Gorillapod est vivement recommandé. Avec la rotule, indispensable, car dotée d’un niveau à bulle. Le minipied est déployé sur le trottoir opposé, face à la scène, le 600D solidement vissé sur la tête, affublé du 10-22 mm, pour réaliser un plan large, situant l’action. Motos, passants et rickshaws défilent au premier plan, tandis que la netteté est faite sur le sujet principal, qui agence ses journaux sur le sol. Pour faire le point, il faut presser le déclencheur à mi-course (donc activer l’autofocus sur l’objectif) et attendre que le carré central sur l’écran soit vert. Elle s’effectue rapidement. On peut s’aider de la loupe pour être plus précis (zoom 10x). Puis revenir au cadrage initial et appuyer sur la touche rouge. La grille d’affichage, malheureusement absente lors de la visée par l’oeilleton, se révèle précieuse pour composer la scène en LiveView. Gare au matériel dans ces conditions. Quand on place le boîtier sur le sol, en plein milieu de la rue, au coeur de la circulation chaotique, il faut constamment garder un oeil sur ce qu’il se passe autour, anticiper tout mouvement suspect : objets ou corps susceptibles d’entrer dans le champ, ou de heurter l’appareil ! Un second plan rapproché, pris de profil, prolonge l’action : la rue fait office de ligne de fuite, avec une roue de vélo au premier plan. Enfin, un dernier cadrage sur les yeux du personnage, puis sur les mains qui placent les journaux, cette fois avec le 85 mm F1,8 USM, toujours sur pied, pour éviter tout tremblement. Chaque fois, il ne faut pas hésiter à tourner entre 5 et 8 secondes. Une fois montée, cette succession de plans fixes donne une séquence dynamique. La lecture de la vidéo sur un portable est riche d’enseignements. Il apparaît qu’à 3200 Iso, en mode automatique, le grain est trop présent. Il aurait fallu passer en mode manuel, et s’arranger pour ne pas dépasser les 800 Iso, en jouant sur les différents paramètres de l’exposition. Un galop d’essai instructif pour la suite. Des cloches tintent autour des édifices religieux, machinalement agitées par les citoyens quand elles se présentent sur leur passage. Une forte odeur d’encens émane de petits temples omniprésents, qui sont à Katmandou ce que les fontaines sont à Rome. Les multiples représentations de Shiva sont maquillées de poudre rouge sang, tandis que des lampes à l’huile scintillent à leur pied : autant de puja (offrandes) aux divinités bouddhistes et hindou.
Année touristique
2011 est synonyme d’année touristique au Népal. Cette ressource est vitale pour l’économie. Le gouvernement espère un million de visiteurs, dont 260 000 Indiens, selon le magazine Himal. Des quartiers comme Thamel, haut lieu du shopping local, ou Durbar Square, épicentre architectural, sont très prisés des touristes durant la journée. Avant 9h, on profite de l’accalmie et des premiers rayons de soleil au pied d’Hanuman Dhoka, l’ancien palais royal qui domine Durbar Square. Tout semble si insolite. À commencer par cette vieille femme en sari rouge, en train de jeter du maïs à un nuage de pigeons, tandis qu’une vache se tient debout, imperturbable, bien que cernée par les volatiles insatiables. Rares sont les hommes qui ne portent pas le dhaka topi (chapeau traditionnel). Quelques sadhu sollicitent des portraits. Leurs corps rachitiques, couverts de bijoux et de peintures, abrités par une épaisse chevelure à laquelle la barbe semble faire concurrence, sont photogéniques à souhait. Mais la plupart de ces ascètes, censés vivre en marge de la société, coupés de toute considération matérielle, semblent aussi authentiques que les faux sacs North Face ou les Converse bon marché, vendus dans les boutiques de Thamel. Le pot en métal qu’ils tiennent à la main ne demande qu’à être rempli de roupies. On prend vite goût à l’écran orientable en photo de rue. Le mode LiveView montre de belles dispositions pour faire la mise au point, avec des optiques grand-angulaires comme les EF-S 10-22 mm F3,5-4,5 USM et 17-55 mm F2,8 IS USM. On apprécie le fait qu’il ne se désactive pas trop rapidement, ce qui permet de rester serein entre deux prises de vue rapprochées. Malgré une utilisation intense tout au long du séjour, nous n’avons pas constaté de phénomène de surchauffe. Le témoin ne s’est jamais manifesté, en LiveView ou en vidéo. En revanche, il est indispensable de disposer d’un second accu dans ces conditions.
Pour prendre un peu de recul, rien de tel qu’un verre de mohi (yaourt à boire local, équivalent du lassi en Inde) sur l’une des nombreuses terrasses qui dominent Durbar Square. Avec un téléobjectif comme le 70-300 mm F4-5,6 IS USM, on s’amuse à isoler des passants et à observer la vie sur les toits. On aperçoit un sadhu, tout de jaune vêtu. Voilà un cliché « vu du ciel » original. Et exempt de toute taxe ! On en profite pour s’éloigner du concert de klaxons qui sévit sans relâche. La lecture des images révèle un écran bien défini, mais salissant. De nombreuses traces de doigts sont visibles, malgré un coup de chiffon régulier. En zoomant sur la zone de mise au point, les fichiers délivrés par le 18-135 mm F3,5-5,6 IS laissent entrevoir un piqué honorable. La mesure de l’exposition semble en progrès par rapport à ce que l’on avait pu constater sur le 550D : certains clichés, pris dans des conditions similaires, montraient d’étonnants écarts d’exposition. Le mode de mesure de la lumière hérité du 7D, reposant sur 63 zones, semble avoir été amélioré sur le 600D. On découvre la fonction Filtres créatifs, qui permet, sur le boîtier, de générer de nouveaux fichiers Jpeg avec divers rendus : N&B granuleux, Flou artistique, Effet très grand-angle, Effet appareil photo-jouet et Effet miniature. Tous ne sont pas convaincants. On aurait aimé avoir un peu plus de latitude d’action sur l’Effet miniature, en ayant la possibilité d’influer sur la taille de la zone de netteté. Mais à l’instar de ce que l’on peut faire avec les smartphones, cette fonction est assez ludique. Durbar Square pourrait faire l’objet d’un reportage à lui seul. Privés d’électricité la nuit, les habitants s’approprient la rue le jour. Leur sens de l’hospitalité est remarquable. Rares sont les regards hostiles. Beaucoup comprennent l’anglais. Les enfants surgissent de toutes parts, parfois vêtus d’une élégante tenue bleue d’écolier. On est surpris du contraste entre la beauté et la finesse des femmes, drapées dans des saris impeccables aux couleurs vives, et la saleté des rues ou des fleuves, jonchés de détritus.
Temples bénis
Les yeux de Bouddha veillent sur Katmandou depuis le haut de la colline. Hindous et bouddhistes s’y précipitent dès l’aube. De nombreux habitants gravissent les vertigineuses marches qui mènent au stuka doré pour une prière matinale. Parfois en courant, sous le regard désintéressé de quelques singes. « Une manière pour eux d’entretenir le corps et l’esprit », explique Ashok, notre guide. Pas de chance pour les photographes. Le soleil reste caché. Le songe d’une vue en contre-plongée du plus ancien stupa du pays, se détachant sur un beau ciel bleu, tombe à plat… Des moines se réunissent dans un monastère un peu à l’écart. Ils font partie des quelque 200 000 réfugiés tibétains qui vivent au Népal. On nous autorise à prendre des photos, à condition de garder nos distances. Ils sont assis sur deux rangées qui se font face. La lumière du jour pénètre à travers de larges fenêtres, créant un joli clair-obscur. Malgré une luminosité relative, le 70-200 mm F4L IS USM s’impose comme le meilleur choix dans ces conditions. On s’efforce de ne pas dépasser les 1 600 Iso pour optimiser la qualité des images. L’apport de la stabilisation est crucial. À 800 Iso, en s’appliquant, on obtient des clichés nets au 1/20e. Le piqué est remarquable avec ce téléobjectif de la série L, dès la pleine ouverture, à toutes les focales. Il offre un 112-320 mm en équivalent 24 x 36 sur le 600D. Bien qu’il soit nettement moins lourd et encombrant que le modèle stabilisé ouvrant à F2,8 constant, ce zoom paraît un peu volumineux sur le 600D. Le renfort de la poignée BG-E8 est appréciable, permettant ainsi de réaliser facilement des prises de vue verticales. En revanche, le bruit du déclencheur, s’il n’est pas aussi bruyant que sur les reflex professionnels, n’est pas des plus discrets. Raison de plus pour se tenir à l’écart. Deux jeunes apprentis servent du thé et des oeufs durs à leurs aînés : ces derniers avalent goulument le tout entre deux prières psalmodiées. Au pied du monastère, dans une cour intérieure, deux enfants jouent en lançant des serviettes mouillées au dessus de leur tête. Des barreaux nous empêchent de nous pencher à la fenêtre pour photographier la scène. L’écran orientable permet cependant de tendre le boîtier à bout de bras à travers la grille et de cadrer la scène en plongée, l’objectif directement pointé vers le bas. Pendant ce temps, les chants reprennent en douceur. À Bodhnath, ville située à 7 km de Katmandou, une assemblée de moines bouddhistes fête les 900 ans du Karmapa (prière pour la paix). Au pied d’un immense stupa en forme de mandala, un vaste chapiteau multicolore est installé. Quelque 800 moines prennent place à l’intérieur, assis, dans leur tenue traditionnelle. Beaucoup de réfugiés tibétains y participent.
Canon a intégré un mode Vidéo instantané sur le 600D. Le principe : tourner des plans de 2, 4 ou 8 s, qui seront assemblés directement dans le boîtier. À la sortie, on obtient un seul fichier .MOV. L’idée séduit sur le papier, car on peut ainsi tourner de petits clips que l’on pourra exporter directement vers d’autres supports lors du déchargement des cartes. Mais elle n’est pas sans contraintes. En l’occurrence, la gestion du son exige une solution d’enregistrement externe. Sauf si on souhaite ajouter une musique en fond a posteriori. Ce que l’on peut faire directement sur le boîtier en chargeant un morceau sur sa carte mémoire. Le 600D est muni d’une prise jack. Un vumètre permet de régler le niveau d’enregistrement. Mais sans retour casque, et sans possibilité de l’afficher pendant le tournage. En mode Vidéo instantané, il faut filmer les plans dans l’ordre, car ils sont montés les uns derrière les autres. Il faut systématiquement effacer un rush que l’on ne souhaite pas garder. Dans le cas contraire, il est automatiquement enregistré et ajouté aux autres. Dans l’optique de réaliser une séquence courte, nous avons opté pour des plans de 4 secondes. Un grand portrait du Dalaï-Lama domine l’assemblée de tenues safran. Des moulins à prières tournent au rythme des incantations. Les participants sont abreuvés de thé au lait, spécialité népalaise (les Tibétains préfèrent le thé au beurre). Le 10-22 mm F3,5-4,5 USM au ras du sol sur un trépied de poche Manfrotto 709B, ou au-dessus de la foule une fois assis, permet de cadrer large. Le 85 mm F1,8 USM autorise ensuite des plans plus serrés. Mieux vaut éviter les mouvements et opter pour une succession de plans fixes : se concentrer sur un moulin à prières, puis sur le visage du moine qui le fait tourner, avant de revenir à un plan plus général. Dommage que l’on ne puisse pas mélanger les plans de durées diverses en mode Vidéo instantané ou insérer des photos. On peut procéder à certains ajustements directement sur le boîtier en mode Lecture. Par exemple, ajuster la durée en faisant des coupes. Mais l’opération demande beaucoup de ressources à l’appareil. Il est arrivé qu’elle soit impossible à mettre en oeuvre, le boîtier indiquant que le niveau de la batterie était insuffisant, alors que la jauge d’accu affichait deux barres pleines sur trois.
Happy Holi !
Le bruit, la pollution, les rues grouillantes de vie… Katmandou est une ville éreintante. Nous ne sommes pas mécontents de rallier Pokhara, point de départ de notre trek. Mais le répit n’est pas pour tout de suite. En ce samedi 19 mars, le Népal vit au rythme du Holi. Cette fête sainte célèbre la fin de la saison sèche et l’arrivée de la mousson. Les rues sont prises d’assaut. On asperge les passants d’eau et de poudre colorée en scandant « Happy Holi ! » Une situation périlleuse pour le photographe. Le risque est grand de voir son matériel subir des dommages collatéraux. Aussi, nous refusons de mettre le reportage en péril, juste avant d’entamer un trek de six jours. Nous restons quelques heures à l’écart du centre ville, à la terrasse d’un café, observant à distance. Des jeunes paradent devant nous en scooter, criant à gorge déployée, les bras en l’air, tels des rebelles parés de leurs peintures de guerre. Rien de belliqueux ici, bien au contraire. On est plus dans l’esprit des festivités baroques d’Halloween. En nous tenant à bonne distance avec le 18-135 mm F3,5-5,6 IS, nous tentons quelques filés sur les deux roues lancés à vive allure. Le mode Rafale du 600D offre seulement 3,7 im/s. Une cadence limitée pour ce genre d’exercice. L’appareil est réglé en mode Ai Servo (mise au point continue), à 200 Iso, avec une ouverture comprise entre F11 et F16. La vitesse d’obturation varie de 1/60e à 1/125e, selon la focale et l’ouverture utilisée. Suffisant pour assurer une zone de netteté et donner une impression de vitesse en même temps. La stabilisation de l’objectif est activée. L’autofocus en suivi continu fonctionne plutôt bien avec le collimateur central. Il y a beaucoup de déchets, ce qui est normal dans ce type d’exercice. Une touriste japonaise marche tranquillement sur le bord de la route. Son visage est couvert de poudre verte et violette. Elle est hilare. Elle tient dans sa main un reflex argentique. Il ruisselle d’eau et ne fonctionne plus.
Poids plume
Notre périple de six jours dans la chaîne des Annapurna doit nous mener à Poon Hill, qui culmine à 3200 m d’altitude. Nous avons choisi un trek considéré comme facile, mais qui demande de franchir 7400 m de dénivelés positifs et négatifs, en prenant tout le temps nécessaire pour faire des images. Bien que nous ayons des porteurs à disposition, il est crucial d’alléger le poids des sacs photo. La poignée BG-E8 n’est pas indispensable. Le flash 320EX n’est pas encombrant et pourra servir en photo, comme en vidéo. Inutile de s’embarrasser d’un lourd trépied. Le Gorillapod GP3 fera l’affaire (avec le Manfrotto 709B en soutien). L’ordinateur portable est dispensable. Pas de garanties de pouvoir le recharger tout le long du séjour. Il faut prendre plusieurs accus, pour faire de la photo et de la vidéo. Quelques SD de forte capacité : 8 Go minimum, pour enregistrer en Raw et filmer en Full HD. 16 Go, c’est encore mieux. Un filtre polarisant offre plusieurs avantages : il permet de saturer les couleurs et d’éliminer les reflets des surfaces réfléchissantes, mais aussi de faire office de filtre neutre et de profiter de vitesses d’obturations plus lentes en plein jour, ce qui est crucial pour ne pas obtenir de plans saccadés en vidéo. Et trois optiques pour finir : 10-22 mm, 18-135 mm et 70-300 mm. Ces modèles offrent un bon compromis en termes de rapport qualité/prix et couvrent une plage de focales très large. « Namaste ! » Tashi nous salue en népalais, trop timide pour oser un mot de français, qu’il est pourtant en train d’apprendre. Âgé de 26 ans, il sera notre sirdar, une fonction entre le statut de sherpa et de guide. En charge du budget et de la logistique, il veille sur notre confort, notre sécurité, et donne des instructions aux deux porteurs qui nous accompagnent. Chétifs en apparence, ces deux hommes silencieux, mais souriants portent 25 kg chacun. Une charge normale pour eux, nous assure Ashok.
Chacun son Everest
Dès le début de l’ascension, nous tombons nez à nez avec un jeune homme assis devant sa maison en bois, en train de lire des copies, un stylo rouge à la main. Devant lui, deux chèvres attachées à un piquet l’avertissent de notre arrivée d’un bêlement synchronisé. Bidur enseigne les mathématiques à Pokhara, pour payer ses études. Âgé de 21 ans, il est issu d’une famille pauvre. Il pose pour un portrait, brandissant une copie barrée de rouge dans notre direction. En sortant le boîtier du fourretout, on constate que la molette a tourné par inadvertance et qu’elle affiche désormais le mode manuel au lieu du mode AV préalablement sélectionné. Canon a mis un verrou pour bloquer la molette du 60D. Dommage que le 600D en soit dépourvu. Il faut ainsi être vigilant, comme sur les autres EOS de la marque – série 1D exceptée - pour ne pas changer de mode d’exposition involontairement. Nous tentons une nouvelle image au 18 mm, en tenant l’appareil au-dessus du jeune homme assis, en Live- View, avec l’écran déporté, pendant qu’il corrige une copie sur ses genoux. L’écran LCD est bien lisible en plein soleil. Il faut néanmoins toujours avoir un tissu en microfibres à portée de main, car il est très salissant. Le jeune professeur nous demande si nous sommes mariés. Lui vit seul. Au Népal, on ne peut pas avoir de concubine sans avoir passé la bague au doigt de sa bien-aimée. Nous arrivons à Dhampus, le front et les joues rouges. Pas à cause de l’effort. Le « Holi » se propage aussi sur les hauteurs. Un petit groupe d’hommes nous accueille à coups de percussions et de chants traditionnels à la tombée de la nuit. L’un d’eux nous sert l’Everest sur un plateau : une bouteille de bière locale, bien méritée.
Le plein d’énergie
La principale crainte en trek, pour un photographe équipé en numérique, est de ne pas pouvoir recharger ses accus. Les coupures de courant sont très fréquentes au Népal : jusqu’à 14 heures par jour à Katmandou ! Renseignements pris auprès d’Ashok, nous sommes rassurés. Au niveau de l’autonomie, le 600D s’en sort plutôt bien. Au bout d’une journée entière de randonnée consacrée à la vidéo, un accu a suffi. Cependant, nous avons remarqué que l’indicateur affichait longtemps 100 %, avant de descendre d’un seul coup. Il mériterait d’être un peu plus précis. La prise de vue de séquences animées dans ces conditions apporte de nouveaux enseignements par rapport aux scènes filmées à Katmandou. Notamment au niveau du son. Tous les plans ont été effectués avec le micro interne de l’appareil. Avec le filtre anti-vent activé. Pour s’apercevoir que la différence n’est pas vraiment perceptible, avec ou sans. Plus gênant, le bruit de la stabilisation, quelle que soit l’optique, est clairement audible dans de telles conditions. Il faut impérativement la désactiver sur le fût de l’optique, car elle se met automatiquement en route dès que le mode vidéo est sélectionné. Ou privilégier un enregistrement du son en externe. Canon met en exergue ce phénomène dans le manuel du 600D (lire page 163 du manuel). Dans tous les cas, une solution d’enregistrement du son externe est vivement recommandée.
Éclairs créatifs
La possibilité de piloter des flashs externes sans fil, en TTL, depuis le flash intégré, est la seconde évolution majeure du 600D, avec l’intégration de l’écran orientable. Nous décidons de la tester un soir, lors de notre halte à Gandruk, superbe village en pierre à flanc de montagne, parsemé de toits de chaume. Ashok n’est pas seulement un bon guide. Il pratique la photo de manière assidue. Avec un talent certain. Nous l’installons au milieu d’un champ de blé vert, l’appareil en bandoulière, à la tombée du jour. C’est aussi l’occasion d’utiliser le nouveau flash 320EX, qui est doté d’un faisceau LED, très utile pour éclairer de manière continue en vidéo. Réglé en mode esclave (slave), il est confié à une tierce personne, qui aura la tâche de le diriger vers le sujet, sans l’aide d’un câble. Dans les menus de l’appareil, le mode « Ss fil perso » est sélectionné afin d’avoir une main-mise totale sur les réglages. Le flash intégré enverra uniquement un signal au 320EX et seul ce flash esclave exposera le sujet. Pour finir, une sous-exposition du temps de pose de -1 IL, renforcera l’impression de crépuscule, avec un arrière-plan sombre. Attention, pour ce type de prise de vue, il est important de garder le flash esclave et le flash maître suffisamment proches l’un de l’autre, afin qu’ils puissent communiquer. L’écran orientable autorise un cadrage audacieux, en contre-plongée, avec quelques épis de blé en premier plan. Le 18-135 mm F3,5-5,6 IS fait largement l’affaire, malgré une distance minimale de mise au point de 45 cm sur tout le champ, un peu limité en grand-angle. Le flash intégré ne sert pas uniquement à piloter d’autres flashs à distance. Il s’avère précieux, sinon indispensable, pour déboucher des zones d’ombre. Illustration avec une agricultrice, en contrebas de Landruk, au petit matin, en train de faucher du blé avec sa serpe. Derrière elle se dressent les sommets glacés des Annapurnas, douchés par les premiers rayons de soleil. Ils n’atteignent pas encore la vallée. Le contraste important entre l’arrière-plan et l’avant-plan rend l’exposition difficile à gérer. Le flash interne permet d’éclairer le premier plan, en utilisant un temps de pose plus court, indispensable pour conserver des détails dans les hautes lumières (les sommets enneigés). Il faut en revanche faire attention quand on utilise le 10-22 mm F3,5-5,6 USM à la focale la plus large, car une ombre peut apparaître au bas de l’image, en raison de sa lentille proéminente. La vieille femme se prête au jeu. Son regard doux illumine ses traits burinés par le soleil. Elle arbore un minuscule tika rouge (tache rouge sur le front) bien isolé au milieu des deux énormes boucles d’oreilles dorées, qu’un pirate ne rechignerait pas à porter. Là encore, l’écran orientable incite à cadrer au ras du blé, et à chercher des angles inédits. Pour l’utiliser le plus librement possible, une courroie d’épaule comme la Lowepro Transporter s’avère bien pratique, car on peut la détacher en deux clics. Ainsi, la sangle ne gêne pas lors du maniement de l’appareil en LiveView ou en vidéo.
Ascension finale
Gérer la fatigue. L’altitude. Faire le point sur la production. Vérifier en permanence son matériel. Chercher la belle lumière de l’aube au coucher du soleil. Il faut être en bonne condition physique pour réussir ses photos lors d’un trek. Poon Hill offre une vue imprenable sur la chaîne des Annapurnas. Situé à 3200 m d’altitude, ce sommet constitue le point le plus élevé de notre parcours. Pour assister au lever de soleil, il faut dégainer vêtements chauds et lampe frontale. « Demain, le ciel sera clair », lance Tashi, notre sirpa, toujours impassible, balayant nos doutes sur la météo. Réveil prévu à 4 heures du matin. Durée de l’ascension : 45 minutes depuis Ghorepani. La température est proche de 0°. Afin de nous assurer que les batteries fonctionneront une fois en haut, nous les gardons bien au chaud, dans nos poches de polaire, pendant la montée. On apprécie la possibilité de pouvoir replier l’écran LCD contre le boîtier. On peut ainsi le laisser faire des allers et retours sur les fermetures Éclair de nos vestes sans avoir peur de le rayer. À 5h30, les premiers rayons de soleil n’ont pas encore percé. Le silence est interrompu par le vrombissement d’un groupe électrogène. Deux hommes vendent du thé et du café. Une construction en barres métalliques, offrant un point de vue un peu plus élevé, gâche un peu le paysage. Pour effectuer la montée, le grip BG-E8 a été sacrifié. Pour pouvoir utiliser le 600D sans la poignée, il faut absolument avoir la trappe d’accès aux accus (qu’il faut enlever pour visser le grip) avec soi. Sans elle, la mise sous tension est impossible. Si on a photographié la veille en haute sensibilité, il faut penser à ajuster les Iso. Il serait dommage d’avoir fait tant d’efforts pour sortir des fichiers à 6400 Iso… Légèrement en contrebas, de nombreux drapeaux de prières flottent sagement entre des arbustes irrégulièrement garnis. Un premier plan intéressant, isolé du bruyant attroupement impatient. Le style d’image Paysage permet d’obtenir un rendu très saturé par défaut. Peut-être trop selon les goûts. D’autant que la balance des blancs, en mode automatique, a déjà tendance à réchauffer les tons. Mieux vaut opter pour le Raw + Jpeg pour conserver une marge de manoeuvre suffisante en postproduction. Sur de telles images, où un fond uni occupe une place importante, la présence de poussières saute aux yeux. Les fichiers du 600D n’en sont pas exempts. Nous nous sommes efforcés d’éteindre puis de rallumer fréquemment le boîtier pour activer le système antie-poussière. Toutefois les incessants changements d’optiques lui ont indéniablement compliqué la tâche…
Bilan
Six jours de trek, c’est peu et beaucoup à la fois. Suffisant, en tout cas, pour se prononcer sur les aptitudes du 600D sur le terrain. On pouvait penser que l’écran orientable ravirait surtout les amateurs de vidéo. Au cours de notre reportage, dans les rues foisonnantes de Katmandou ou pendant le trek, il a été maintes fois précieux pour trouver des angles originaux et produire des images fixes. Sa présence confirme qu’il est en outre indispensable pour tourner des séquences animées. Le contrôle des flashs externes sans fil via le flash intégré, autre nouveauté majeure, est très simple à mettre en oeuvre. Combinée avec la possibilité d’articuler le LCD dans tous les sens, cette fonction se révèle ludique et créative. Pas compliqué à appréhender, le 600D permet de réaliser de superbes images. À condition, toutefois, de posséder de bonnes optiques. Les utilisateurs intransigeants sur le piqué lorgneront sur la série L. Certains modèles abordables comme le 100 mm F2,8L Macro IS USM ou le 70-200 mm F4L IS USM rendent pleinement justice à l’exigeant capteur de 18 Mpxl du 600D. La qualité d’image est très bonne et on peut raisonnablement monter jusqu’à 3200 Iso. Au-delà, il faut passer par le format Raw, le Jpeg issu du boîtier ayant tendance à trop lisser les détails. La cadence reste limitée, la visée et la construction aussi. Les EOS 60D et 7D gardent la main dans ces domaines. La principale critique que l’on pourrait adresser au 600D serait d’ordre ergonomique. Quel dommage de ne pas avoir repris le bouton de verrouillage de la molette des modes priorités, inaugurée sur le 60D ! On aurait également aimé une personnalisation des commandes un peu plus poussée. Par exemple, pouvoir configurer les modes de mesure d’exposition via la touche Set ou Disp., au lieu de passer par les menus. Mais cet appareil est un digne héritier de la saga des EOS à trois chiffres : idéal pour aborder l’univers du reflex sans complexe, c’est un outil performant, qui donne du plaisir à son utilisateur. Le dernier jour du trek nous descendons 1500 m de dénivelé et un escalier de plus de 3 000 marches. Porter un système reflex sur le dos, aussi allégé soit-il, demande une certaine énergie et des genoux solides. Les interminables escaliers en pierre s’apparentent à une lente torture. En croisant nos porteurs, le dos presque à l’horizontale, le front barré par une épaisse courroie qui retient des sacs plus gros qu’eux, la notion de souffrance devient subitement toute relative. Le dernier soir, nos deux héros de l’ombre viennent s’assoir avec nous. Ils nous tendent un énorme gâteau rond. Une vision presque surnaturelle. Ashok avait marqué la date d’une pierre blanche en voyant nos passeports. L’un d’entre nous fête son anniversaire. Prim, 25 ans, est cuisinier, quand il ne franchit pas les cols. Après 5 heures de marche éprouvante, il a malgré tout pris le temps de préparer ce délicieux dessert. Son acolyte est agriculteur. Il a la cinquantaine. À peu près. Il ne connaît pas son âge exact. En revanche, il précise qu’il porte depuis l’âge de 17 ans. Ça ne s’oublie pas. Pour eux, il s’agit d’un parcours facile. Bien plus, assurent-ils en souriant, que les treks sur les versants glacés de l’Everest. Pour nous l’épreuve fut rude. Mais délicieuse.












